C'est la troisième visite d'Etat du roi espagnol
SYMBOLE de la transition démocratique espagnole, le
roi Juan Carlos, accompagné de la reine Sofia, entame
aujourd'hui un voyage de trois jours en France, marqué
par une rencontre avec la communauté espagnole de
Toulouse. Cette visite d'Etat, la troisième en trente
ans de règne, est destinée à sceller les liens
entre la France et l'Espagne.
Le monarque espagnol recevra les hommages de la République
française pour avoir incarné l'Espagne «démocratique,
européenne et pleinement moderne», selon
l'Elysée. Juan Carlos rencontrera le président
Jacques Chirac, le premier ministre Dominique de
Villepin ainsi que les maires de Paris et de
Toulouse. Autre rendez-vous clé de ce voyage,
Toulouse, avec une visite de l'usine Airbus et la très
attendue réception en présence de la communauté
espagnole de la ville, composée en grande partie de
fils et de petit-fils de Républicains espagnols.
Cette visite d'Etat pourrait être la dernière en
France du souverain espagnol, ce qui expliquerait
le caractère hautement symbolique du voyage.
C'est la première fois que le roi se rend à
Toulouse, une ville considérée comme la «capitale
de l'exil» des républicains, qui ont fui le
franquisme au lendemain du coup d'Etat du général
Franco en juillet 1936. «La rencontre avec
des descendants de républicains n'a rien de
choquant», assure José Manuel Fernandez,
membre du Parti communiste espagnol. «Juan
Carlos a toujours dit qu'il est un roi républicain»,
commente-t-il en rappelant que, lors d'une
visite en Russie, le roi avait rendu un hommage
aux «enfants rouges» de républicains
exilés.
Le
roi prépare sa succession
Depuis son ascension au trône en 1969 à
l'initiative de Franco, Juan Carlos s'est
toujours présenté comme le «roi de tous
les Espagnols». Il incarne certes la
restauration monarchique (interrompue entre 1931
et 1978) mais aussi une légitimité démocratique,
renforcée par son rôle décisif lors de la
mise en échec du putsch militaire du lieutenant
Tejero, en 1981. Depuis, le roi, également chef
des armées, a toujours évité d'interférer
dans les affaires politiques du pays. Il a
respecté les institutions démocratiques, dont
la Constitution de 1975, qui le définit comme
un roi constitutionnel.
A l'âge de 68 ans, Juan Carlos songerait à
transmettre, d'ici quelques années, les rênes
de la monarchie à son fils, le prince Felipe
de Asturias. Au-delà de problèmes de santé,
non confirmés par la maison royale, Juan
Carlos souhaiterait assurer la succession de
son fils, déjà âgé de 38 ans. «Il est
en train de préparer son départ du trône
avec la même intelligence avec laquelle il a
régné», assure une spécialiste des
affaires royales. Juan Carlos aurait en effet
accéléré la formation du prince. Felipe,
marié depuis deux ans à l'ancienne
journaliste Letizia Ortiz et père d'une
petite fille, Leonor, est désormais en charge
de tous les actes officiels. Une tâche
hautement diplomatique qu'il parvient à
assumer facilement. En revanche, il lui sera
certainement plus difficile de jouir du même
charisme que celui de son père auprès des
Espagnols, lesquels se disent plus «juancarlistes»
que «royalistes».